Château-Neuf

Une demeure Renaissance transformée au fil des siècles

Marthon – Charente

À la sortie est du bourg de Marthon, le long de la route de Nontron, se dresse une imposante demeure qui contraste fortement avec les vestiges du vieux château installés sur l’éperon rocheux. Le Château-Neuf appartient en effet à une autre époque : celle de la Renaissance, lorsque les anciennes forteresses médiévales commencent à laisser place à des demeures davantage conçues pour le confort et la représentation.

Son histoire est pourtant directement liée à celle de la forteresse de Marthon. Construit à partir des années 1560 par Hubert de La Rochefoucauld, seigneur de Marthon, il devait remplacer l’ancien château fort, fortement endommagé lors de la guerre de Cent Ans. Mais la mort du commanditaire en 1566 interrompit le chantier avant son achèvement.

Aujourd’hui propriété privée, le château ne se visite pas. Son architecture reste cependant lisible depuis l’extérieur et permet de comprendre une histoire particulièrement intéressante : celle d’un château Renaissance inachevé, profondément transformé au début du XXe siècle.

Un nouveau château après la forteresse médiévale

Le Château-Neuf apparaît dans un contexte où le vieux château de Marthon ne correspond plus tout à fait aux aspirations de ses seigneurs. Installée sur un éperon dominant la vallée du Bandiat, l’ancienne forteresse avait avant tout une fonction défensive. Son donjon, ses murailles et sa chapelle-porte formaient un ensemble castral destiné à contrôler le territoire et à protéger le bourg.

L’histoire de cette forteresse avait pourtant été mouvementée. En 1347, pendant la guerre de Cent Ans, le castrum de Marthon fut attaqué et incendié par les Anglais. Le château fut ensuite remis en état, mais au XVIe siècle, les seigneurs de Marthon commencèrent à privilégier une nouvelle résidence.

C’est Hubert de La Rochefoucauld, seigneur et baron de Marthon, qui entreprit la construction du nouveau château. Les sources communales situent le début du chantier dans les années 1560, tandis que certaines sources spécialisées précisent une construction entre 1559 et 1566.

Le choix d’un nouvel emplacement et d’une architecture de Renaissance traduit une évolution profonde. Il ne s’agit plus seulement de disposer d’une forteresse difficile à prendre, mais de créer une demeure capable d’affirmer le rang et le prestige de son propriétaire. Le Château-Neuf devient ainsi le pendant résidentiel du vieux château médiéval.

👀 À observer

Depuis les abords du village, comparer la silhouette massive du donjon médiéval avec l’architecture beaucoup plus ouverte et régulière du Château-Neuf.

Une demeure imaginée par hubert de la rochefoucauld

Hubert de La Rochefoucauld appartient à la famille qui possède Marthon depuis plusieurs générations. L’alliance matrimoniale conclue au XIIe siècle entre Robert de Marthon et Emma de La Rochefoucauld avait progressivement rapproché les deux lignages, et Marthon passa ensuite dans le patrimoine des La Rochefoucauld.

Le nouveau château est donc aussi l’expression du pouvoir d’une famille devenue profondément implantée dans le territoire. Son architecture abandonne largement l’image de la forteresse pour adopter les formes de la Renaissance française. Les façades sont organisées autour de travées régulières et de grandes ouvertures, donnant à l’ensemble une apparence beaucoup plus élégante que défensive.

La façade méridionale constitue aujourd’hui l’un des éléments les plus remarquables. Elle est rythmée par de nombreuses baies à meneaux et traverses, encadrées par des colonnes d’ordre ionique. La superposition des ouvertures crée un véritable quadrillage architectural, renforcé par les corniches et l’entablement. Cette organisation géométrique constitue l’une des caractéristiques les plus intéressantes de la demeure.

Le projet était toutefois ambitieux. Hubert de La Rochefoucauld mourut en 1566, sans avoir vu son château achevé. Le chantier fut alors interrompu, laissant la demeure avec une architecture incomplète qui allait influencer toute son histoire future.

👀 À observer

Les baies à meneaux, les colonnes ioniques et surtout la régularité du dessin de la façade sud : ce sont les éléments qui permettent encore de lire le projet Renaissance.

Une architecture renaissance restée inachevée

La mort prématurée du commanditaire explique une partie des particularités du Château-Neuf. Le projet initial semble avoir recherché une composition parfaitement symétrique autour du grand escalier d’honneur. La façade Renaissance s’arrêtait cependant avant d’atteindre cet équilibre.

Le grand perron constitue l’un des éléments essentiels de cette composition. Il abrite l’escalier d’honneur et devait participer à la mise en scène de l’entrée dans la demeure. Les descriptions anciennes évoquent également une galerie en bois qui longeait la façade et était accompagnée d’un entablement de pierre et de gargouilles servant de consoles.

Le château conserve également une façade nord plus sobre et un haut pavillon à l’une de ses extrémités. L’ensemble témoigne d’une architecture où les espaces résidentiels, la circulation et la représentation occupent désormais une place importante. La dimension militaire du vieux château a laissé place à celle d’une résidence seigneuriale.

Cette transformation ne signifie cependant pas que le bâtiment ait été achevé tel qu’il avait été imaginé. Pendant plusieurs siècles, les propriétaires successifs effectuèrent essentiellement des travaux d’entretien. C’est finalement au début du XXe siècle que l’apparence du château fut profondément modifiée.

👀 À observer

Le grand perron et l’organisation de la façade : ils permettent de comprendre le rôle de l’escalier d’honneur dans la composition de la demeure.

De la demeure renaissance au château d’aujourd’hui

Au début du XXe siècle, le Château-Neuf connaît une nouvelle transformation importante sous l’impulsion de Maurice Étienne Raynaud, natif de Marthon et député de la Charente. Entre 1900 et 1910, il entreprend d’importants travaux qui vont modifier profondément l’aspect de la demeure.

La façade sud est notamment prolongée à gauche de l’escalier d’honneur. Cette intervention permet de reprendre le principe de symétrie qui semblait avoir été prévu par le projet Renaissance mais qui n’avait jamais pu être réalisé après la mort d’Hubert de La Rochefoucauld.

La transformation ne s’arrête pas là. La loggia surmontée d’une coupole à lanternon, la toiture à quatre pans et les lucarnes destinées à éclairer les combles appartiennent également à cette campagne de travaux. Ces ajouts donnent au château une silhouette différente de celle qu’aurait probablement présentée le bâtiment Renaissance achevé au XVIe siècle.

C’est pourquoi les sources communales préfèrent parler aujourd’hui d’une architecture éclectique. Le Château-Neuf n’est donc pas simplement un château Renaissance conservé intact : c’est le résultat de plusieurs périodes de construction et de transformation, dont le dialogue entre le XVIe et le début du XXe siècle constitue tout l’intérêt. Toujours privé et non visitable, il demeure néanmoins un élément important du patrimoine architectural de Marthon, perceptible depuis l’espace public.

👀 À observer

La coupole à lanternon de la loggia, les lucarnes et le prolongement de la façade : ce sont les éléments qui permettent de distinguer les interventions du XXe siècle de l’architecture Renaissance.

Le Château-Neuf de Marthon raconte une histoire différente de celle du vieux château fort, mais les deux édifices sont indissociables. Le premier témoigne d’une époque où la puissance seigneuriale s’exprimait par la fortification ; le second traduit, au XVIe siècle, le passage vers une architecture résidentielle inspirée de la Renaissance.

Son histoire aurait pu s’arrêter avec la mort d’Hubert de La Rochefoucauld et l’abandon d’un chantier resté inachevé. Les transformations réalisées quatre siècles plus tard lui ont au contraire donné une nouvelle silhouette, mêlant aujourd’hui Renaissance française et architecture éclectique du début du XXe siècle.

Depuis la route de Nontron, le château constitue ainsi un autre repère du paysage marthonais. À quelques centaines de mètres du donjon de la Tour du Breuil, il permet de lire, dans la pierre, plusieurs siècles d’évolution de la demeure seigneuriale.