Une forteresse romane dominant la vallée du Bandiat
Marthon – Charente
À Marthon, le donjon de la Tour du Breuil est le vestige le plus spectaculaire d’un ensemble castral qui dominait autrefois le village et la vallée du Bandiat. Installée sur un éperon rocheux, la forteresse profitait d’une position naturellement défensive tout en contrôlant les passages dans cette partie de l’Angoumois, aux confins du Périgord.
Mais réduire le château fort à son seul donjon serait trompeur. Le castrum comprenait une enceinte autour du château, une basse-cour et une autre enceinte protégeant le village installé au pied du promontoire. La chapelle-porte Saint-Jean, appartenait elle aussi à cet ensemble et permettait de rejoindre la forteresse depuis le bourg.
Au Moyen Âge, Marthon était le siège d’une importante châtellenie regroupant 13 ou 14 paroisses. La forteresse était donc à la fois une résidence seigneuriale, un lieu de pouvoir et un point fortifié au cœur d’un territoire beaucoup plus vaste que la commune actuelle.
Aujourd’hui, il ne reste qu’une partie de cette ancienne cité fortifiée. Pourtant, en observant le donjon, la chapelle-porte, le relief et les traces des anciennes enceintes, il est encore possible de reconstituer mentalement l’organisation du Marthon médiéval.
Le choix de l’emplacement constitue l’un des premiers éléments à comprendre. Le château est établi sur un promontoire rocheux qui domine directement la vallée du Bandiat. Cette position permettait de bénéficier d’un relief difficile à attaquer tout en offrant une vue dégagée sur les alentours. Le Département de la Charente présente d’ailleurs l’installation du château sur cet éperon comme une conséquence directe de ses fonctions défensives.
Au Moyen Âge, Marthon occupe une place importante dans l’organisation politique de l’Angoumois. La seigneurie est déjà importante au XIe siècle et les sources touristiques locales la présentent comme l’une des principales seigneuries de la région. Le fief appartient alors aux seigneurs de Marthon, issus du lignage des seigneurs de Montbron.
Au milieu du XIIe siècle, Robert de Marthon épouse Emma de La Rochefoucauld. Cette alliance modifie durablement l’histoire du site : Marthon entre dans l’orbite de la famille de La Rochefoucauld. Leur fils Guy de La Rochefoucauld réunit ensuite plusieurs possessions importantes, parmi lesquelles Marthon, La Rochefoucauld, Verteuil et Blanzac.
La forteresse domine alors un village lui-même protégé. Au nord, le Bandiat constitue une protection naturelle ; au sud, les douves renforcent les défenses. Quatre portes permettaient autrefois de pénétrer dans le village. Les vestiges dispersés des enceintes sont encore perceptibles dans le parcellaire et les constructions du bourg.
depuis le village, regardez la différence de niveau entre le bourg et le promontoire de la Tour du Breuil. C’est cette topographie qui explique en grande partie le choix de l’emplacement de la forteresse.
Le donjon constitue aujourd’hui le témoignage le mieux conservé de l’ancien château. Sa construction est datée de la seconde moitié du XIIe siècle. Édifié en pierre calcaire, il présente un plan rectangulaire et des contreforts plats qui renforcent ses murs. Le Département de la Charente le considère comme l’un des plus importants donjons romans du département.
À l’origine, la tour comportait trois niveaux et atteignait environ 30 mètres de hauteur. Elle n’en mesure plus qu’une quinzaine aujourd’hui. Le sommet a en
effet été écrêté au XXe siècle, vraisemblablement dans les années 1960, dans un contexte de prévention des chutes de pierres. Cette réduction explique la silhouette massive et tronquée que présente aujourd’hui le monument.
L’organisation intérieure permet néanmoins de comprendre la fonction de cette imposante construction. La base était aveugle et l’accès aux niveaux supérieurs devait probablement se faire par une porte haute. La salle noble occupait le premier étage. On y distingue encore les arrachements d’une ancienne voûte en berceau, tandis que les traces d’un escalier à vis témoignent de la circulation entre les niveaux. Chaque étage possédait également une cheminée.
La tour était intégrée à la muraille de l’enceinte et devait communiquer avec le chemin de ronde. Elle n’était donc pas simplement une résidence verticale : elle participait au système défensif de l’ensemble castral. Sa position dominante permettait également de surveiller les abords du château et la vallée.
les contreforts plats, la hauteur conservée du donjon et surtout les ouvertures réduites. Elles donnent une idée du caractère défensif de cette architecture romane.
La puissance de Marthon ne repose pas uniquement sur l’architecture de son château. Elle tient aussi à l’étendue du territoire placé sous son autorité. La châtellenie regroupait 13 ou 14 paroisses, faisant de Marthon un véritable centre seigneurial. Le château dominait ainsi un territoire organisé autour de la seigneurie
et non un simple village fortifié.
Cette position explique que le château ait été pris dans les grands conflits qui traversent la région. Pendant la guerre de Cent Ans, le castrum de Marthon est détruit par les Anglais en 1347. Après cette destruction, la forteresse est remise en état. L’événement constitue néanmoins une rupture importante dans l’histoire du site et rappelle la vulnérabilité d’une forteresse pourtant solidement implantée.
La reconstruction et les transformations successives permettent au château de rester occupé, mais son rôle évolue progressivement. À partir du début du XVIe siècle, l’ancien château fort est délaissé au profit d’une demeure nouvelle construite à proximité : le Château-Neuf. Celui-ci est entrepris dans les années 1560 par Hubert de La Rochefoucauld et devait remplacer l’ancien château roman fortement endommagé par les événements de la guerre de Cent Ans.
Cette évolution traduit un changement profond dans les manières d’habiter et de représenter le pouvoir seigneurial. La forteresse médiévale, pensée avant tout pour défendre et contrôler, laisse progressivement la place à une résidence plus confortable et plus représentative. Le vieux donjon perd alors son rôle central et entre lentement dans une phase de déclin.
lorsque vous regardez le donjon depuis le village, imaginez-le avant la construction du Château-Neuf : il constituait alors le point dominant d’un ensemble beaucoup plus vaste.
La famille de La Rochefoucauld conserve Marthon jusqu’au XVIIIe siècle. En 1712, la baronnie est vendue à Étienne Chérade, comte de Montbron. Ses descendants en sont ensuite dépossédés lors de la Révolution française. L’ancien château fort, déjà délaissé depuis plusieurs générations, n’a alors plus le rôle politique qu’il avait au
Moyen Âge.
Au fil du temps, l’ensemble castral
disparaît progressivement. Les enceintes sont intégrées aux constructions du village ou deviennent moins lisibles, tandis que le donjon demeure comme le principal témoignage de la forteresse. La chapelle-porte Saint-Jean, elle-même transformée en habitation puis en grange avant sa restauration au XXe siècle, constitue un autre élément essentiel pour comprendre l’ancien dispositif.
En 1921, les vestiges de la Tour du Breuil sont donnés au Conseil départemental de la Charente. Le donjon est ensuite inscrit au titre des Monuments historiques le 8 septembre 1928. Des travaux de restauration sont réalisés entre 1998 et 2000 afin de préserver ce témoignage majeur de l’architecture castrale romane.
Aujourd’hui, le donjon est accessible gratuitement toute l’année selon l’Office de tourisme. Des visites guidées sont également proposées ponctuellement par le Département. Le monument prend alors une nouvelle fonction : il n’est plus une forteresse destinée à défendre un territoire, mais un lieu permettant de comprendre l’histoire de Marthon et de son ancienne seigneurie.
le paysage autour du donjon. La meilleure façon de comprendre le château fort de Marthon est de ne pas regarder la tour isolément, mais de la replacer dans son relief, face au village et à la vallée.
Le château fort de Marthon est aujourd’hui réduit à quelques vestiges, mais ceux-ci racontent encore une histoire particulièrement riche. Le donjon de la Tour du Breuil témoigne de la puissance de la seigneurie au XIIe siècle, tandis que les traces des enceintes, la chapelle-porte Saint-Jean et l’organisation du village permettent de retrouver les contours d’une véritable cité fortifiée.
Pendant plusieurs siècles, Marthon fut le centre d’une châtellenie importante, avant de connaître les destructions de la guerre de Cent Ans puis le déclin progressif de son ancien château au profit du Château-Neuf. Le changement de résidence traduit aussi l’évolution du pouvoir seigneurial, passé de la forteresse défensive à la demeure Renaissance.
Aujourd’hui, la Tour du Breuil ne domine plus une forteresse intacte. Elle domine un village qui en a conservé les fragments. C’est justement cette lecture du paysage, entre donjon, chapelle-porte, anciennes enceintes et vallée du Bandiat, qui donne tout son intérêt au patrimoine castral de Marthon.