Château de Belleville

Une demeure seigneuriale entre héritage médiéval et Renaissance

Feuillade – Charente

À quelques pas de l’église Saint-Pierre de Feuillade, le château de Belleville occupe une place discrète dans le paysage du village. Derrière ses murs et ses arbres, la demeure conserve notamment une imposante tour ronde qui rappelle l’ancien caractère défensif du domaine. Aujourd’hui propriété privée, le château ne se visite pas, mais son histoire permet de comprendre l’importance qu’eut autrefois Feuillade dans l’organisation seigneuriale de cette partie de l’Angoumois.

Belleville était en effet le siège d’une seigneurie relevant de l’évêché d’Angoulême. Au Moyen Âge, elle appartenait à la famille Vigier, avant de passer entre les mains de plusieurs familles au fil des successions et des alliances. Au début du XVIe siècle, l’arrivée de Jean Hélie de Colonges marque une nouvelle étape dans l’histoire du domaine.

Une forteresse née au moyen âge

Au Moyen Âge, Belleville constitue une seigneurie importante de Feuillade. Elle relève de l’évêché d’Angoulême et appartient à la famille Vigier, issue de l’Angoumois. Un hommage rendu en 1396 par Agnès Salomon, veuve de Jean Vigier, donne une idée de l’étendue du domaine : terres, maisons, jardins, vignes, bois, domaines agricoles et une partie des dîmes de la paroisse y sont alors associés.

Le château n’est donc pas seulement une demeure isolée. Il constitue le centre d’un territoire seigneurial comprenant plusieurs exploitations et terres dépendantes. Cette organisation explique la présence de Belleville à proximité immédiate de l’église et du cœur ancien de Feuillade.

Il faut également distinguer Belleville de l’ancien château de Feuillade. Ce dernier, qui constituait un autre fief, a aujourd’hui pratiquement disparu. Belleville correspond à une seigneurie différente, implantée près de l’église et conservée jusqu’à nos jours sous la forme d’un domaine privé.

Cette situation permet de comprendre l’intérêt du château dans le paysage actuel : même profondément transformé, il conserve la mémoire d’une organisation ancienne dans laquelle l’église, le domaine seigneurial et le village formaient un ensemble étroitement lié.

👀 À observer

La proximité immédiate du château et de l’église Saint-Pierre, qui rappelle l’importance du domaine dans l’ancien village.

Jean hélie de colonges et la naissance de belle­ville

En 1514, le fief passe entre les mains de Jean Hélie de Colonges, prieur de Bussière-Badil et personnage ecclésiastique particulièrement fortuné. L’année suivante, le 25 septembre 1515, il obtient l’autorisation de bâtir une maison forte à Feuillade.

Les sources locales présentent cette acquisition comme un moment essentiel dans l’histoire de Belleville. Jean Hélie de Colonges donne au fief le nom de Belleville, en référence à un autre fief portant ce nom qu’il possède à Bussière-Badil. Il ne s’agit donc pas simplement d’un changement de propriétaire : le début du XVIe siècle correspond à une nouvelle étape dans l’histoire et l’identité du domaine.

L’autorisation de construire une maison forte intervient à une époque où les anciennes demeures seigneuriales évoluent progressivement. Les besoins défensifs restent présents, mais la résidence, la représentation du propriétaire et le confort prennent une place croissante dans l’architecture.

Le château actuel conserve justement cette double dimension. Son architecture associe les traces d’une demeure seigneuriale de la Renaissance à des éléments défensifs plus anciens, notamment la grosse tour ronde et son échauguette. Une source architecturale décrit le corps de logis comme un ensemble du XVIe siècle, profondément remanié par la suite.

👀 À observer

La grosse tour ronde et son échauguette, éléments qui donnent encore au domaine une silhouette défensive.

Une demeure renaissance transformée au fil des familles

Après Jean Hélie de Colonges, Belleville passe à sa nièce Marguerite Hélie de Colonges. Son mariage avec Jean Morin entraîne ensuite la transmission du domaine à leur fille Favienne, qui l’apporte par mariage à la famille de Roffignac. Cette famille, issue de la noblesse limousine, conserve Belleville pendant une longue période.

Les Roffignac sont également liés à l’histoire industrielle du territoire. Plusieurs membres de cette famille sont associés aux forges de La Mothe et de La Chapelle-Javerlhac, installées dans la vallée du Bandiat. Belleville se trouve ainsi au cœur d’un territoire où patrimoine seigneurial et activité métallurgique ont longtemps coexisté.

Le bâtiment lui-même connaît plusieurs transformations. Une description architecturale le présente comme un important logis du XVIe siècle, comprenant deux étages et un niveau sous combles, avec plusieurs éléments venant rythmer les façades : tour centrale, tourelles en encorbellement et pavillon carré. Une pierre portant la date 1604 aurait également été conservée sur la tour. Cette dernière information provenant d’une source secondaire, elle mérite cependant d’être présentée avec prudence.

À la fin du XIXe siècle, le château appartient à la famille Lévy, puis au XXe siècle aux de Roussel de Préville. Ces changements de propriétaires accompagnent de nouvelles restaurations qui modifient encore l’aspect de la demeure.

👀 À observer

La composition du logis, les tourelles et le pavillon carré, qui permettent encore de distinguer plusieurs étapes de construction.

Une architecture entre héritage médiéval et remaniements

La silhouette actuelle de Belleville est largement le résultat des transformations intervenues au cours des siècles. La commune indique notamment que la grosse tour ronde, qui paraît ancienne, a été fortement restaurée à la fin du XIXe siècle. Le château lui-même a également connu de nombreuses modifications.

La description architecturale disponible permet néanmoins de retrouver plusieurs éléments caractéristiques de l’ancienne demeure : le gros logis, les tourelles en encorbellement, la tour centrale, le pavillon carré et les combles aménagés. Ces différents volumes donnent au château une silhouette beaucoup plus complexe qu’un simple corps de logis Renaissance.

La restauration ne doit donc pas être considérée comme un effacement complet de l’histoire du bâtiment. Elle fait au contraire partie de son histoire : Belleville est un château qui a été continuellement adapté, transformé et entretenu par ses propriétaires successifs. Ce que l’on observe aujourd’hui est ainsi le résultat de plusieurs siècles d’évolution.

Cette lecture est particulièrement intéressante lorsqu’on regarde le château depuis le village. La tour ancienne, les volumes du logis et les éléments Renaissance composent un ensemble qui rappelle à la fois la seigneurie médiévale de Belleville et la demeure aristocratique transformée au cours des siècles. Aujourd’hui privé, le château demeure un élément important du patrimoine architectural de Feuillade.

👀 À observer

La juxtaposition des éléments anciens et des parties restaurées : c’est précisément ce mélange qui donne au château son caractère actuel.

Le Château de Belleville est l’un de ces monuments qui se découvrent davantage par leur histoire que par une visite intérieure. Installé au cœur de l’ancien village de Feuillade, il rappelle l’existence d’une importante seigneurie médiévale avant de devenir, au XVIe siècle, une demeure associée à Jean Hélie de Colonges et à une nouvelle conception de la résidence seigneuriale.

Ses propriétaires successifs, les Vigier, les Colonges, les Morin, les Roffignac, puis les familles qui leur succèdent, ont laissé leur empreinte sur le domaine. Les restaurations des XIXe et XXe siècles ont à leur tour modifié son apparence.

Depuis la voie publique, la grosse tour ronde et les différents volumes du château permettent encore de lire cette longue évolution. Belleville constitue ainsi un intéressant témoignage de l’histoire seigneuriale de Feuillade, entre fortification médiévale, demeure Renaissance et transformations contemporaines.